mardi 9 janvier 2007

Faux se souvenir

Souvenirs de l'hospice
ni vrai ni faux
Souvenirs de l’hospice
C’était en 1984, en Avignon, dans les bâtiments magnifiques de l’hospice Saint-Louis où flottaient encore des lointains échos des voix du quatrième âge, une triste douceur. Et c’est là que Louis Bec, grand chatouilleur de l’imaginaire, avait inventé et mis en place l’exposition dite Le vivant et l’artificiel.
  Il y avait là des lamas vivants dans la cour et des ours empaillés dans les couloirs, des peintures abstraites et un dindon vivant dans la cuisine imaginée par Danièle Sanchez et Hervé Mangani. Car les pièces, les corridors avaient été distribués à des artistes ou à des collectionneurs. Ainsi voyait-on des tas de crânes en plâtre et des amoncellements artistiques, cailloux au sol, moisissures au mur. Je marchais parmi les femmes arborigènes d’Ernest Pignon-Ernest et les femmes en cire de la collection Spitzner (Oh là là, celle qui accouche et celle qui a des jumeaux dans son ventre ouvert comme un melon.) Du melon, on pouvait en acheter dans la cour, tranches fraîches et sucrées, en sortant de la salle des fausses nourritures importées du Japon. J’ai vu battre des coeurs artificiels dans des torses plats en Plexiglas et je sentais battre mon coeur comme si des pré-images ou des images d’autrefois émergeaient de ce désordre troublant.

Agnès VARDA

 Faux se souvenir si c’est vrai
In TRAVERSES 47,  Revue du Centre de Création industrielle-
Centre Georges Pompidou, p 144-145,  Novembre 1989
illustrations :
- 7p., cuis., s. de b. à saisir. Yolande Moreau dans la cuisine de Mangani, op. cité, p 144
- 7p., cuis., s. de b. à saisir. - Le repas de famille -toutes les nourritures sont fausses, p145




Commentaires

Je lis votre propos et me permets juste de nous interroger sur la modernité d'une période déjà révolue. Agnès Varda est dans ce trajet de la mémoire. En faisant resurgir de la mémoire ce qui a eu lieu on perçoit déjà la finitude du temps, aujourd'hui nous sommes passé à autre chose, quoi ?...  un autre monde mu par des univers technologiques que nous ne soupçonnons pas encore.
Commentaire n°1 posté par Chantal V. le 09/01/2007 à 15h35
Vous avez absolument raison et cette période est révolue. C’est d'ailleurs daté : 1984.  Regardez la belle jeunesse de Yolande Moreau sur la photographie !     ;-)
(Yolande Moreau est quelqu’un que j’aime beaucoup).

Plus sérieusement, vous évoquez avec raison ces «univers technologiques», la mutation que cela entraîne et surtout l’ignorance que l’on a obligatoirement de ce qui est en train de se produire. J’avais commis un billet en mai 2005, au tout début de ce blog, en mettant en ligne un article (paru dans Le Monde) d’Yves Michaud, intitulé «L’art en mutation», article  du plus grand intérêt, il me semble. Peu de gens avaient réagi.

http://espace-holbein.blogspot.fr/2006/05/lart-en-mutation.html

Cet article d’Yves Michaud pose beaucoup de questions intéressantes  sur les pratiques et conceptions artistiques futures et contemporaines et ne peut pas nous laisser indifférents ; il évoque, par exemple, des artistes comme Eduardo Kac ou Stelarc qui produident des choses étonnantes qui font émerger de  nouvelles esthétiques.
Pour autant, les periodes révolues peuvent continuer à nous intéresser car bien souvent les nouveautés aident à mettre en perspective et revivifient ce qui paraissait être obsolète, ou d’une autre époque.
Commentaire n°2 posté par holb le 10/01/2007 à 07h08         

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