vendredi 16 juin 2006

Diane Arbus, double autoportrait

Diane Arbus,
Double Self-Portrait
With Infant Daughter, Doon,
1945
Diane Arbus fait un autoportrait avec sa fille Doon. Il s'agit d'une double prise de vue, faite à la chambre, sur une plaque unique
(observer les contours du tirage). Ce n'est pas une photographie de type stéréoscopique comme il en existait au début du XXème siècle : les deux vues sont différentes donc un temps s'est écoulé entre les deux prises.
Les deux points de vue ne sont pas identiques non plus. Et pourtant le support unique va rassembler ces deux moments. Quelle peut bien être la motivation de l'artiste ? L'autoportrait, le self-portrait fait référence à soi, à l'unique, à l'unité de l'auteur. Diane Arbus dans cette photographie se présente comme la "jumelle" d'elle-même, au delà du fait qu'elle se représente avec sa fille qu'elle considère sûrement comme son double.
La forme de cette oeuvre en dit long sur cette préoccupation qu'avait la photographe du problème du double, du bégaiement de l'image et de l'individu.
D'autres photographies de Diane Arbus en portent les stigmates.
photographie empruntée au site : http://faculty.lacitycollege.edu/auerbala/Arbus/Arbus.html

jeudi 15 juin 2006

Roger Ballen, noir et blanc

Rogen Ballen,
la photographie et le double

Une exposition vient de se terminer
le 21 mai 2006 : celle du photographe sud-africain, Rogen Ballen. C'était à la Bibliothèque Nationale de France, sur le site Richelieu.

Ce travail est fascinant pour toutes sortes de raisons et il y aurait tant à dire sur chacune de ces photographies ainsi que sur l'ensemble de ce corpus constitué d'oeuvres si particulières et que nous découvrons année après année.
Les hommes et les femmes que cet artiste photographie sont des Africains, mais blancs (essentiellement) ; et des blancs pauvres. Ce qui n'est pas si courant en Afrique. Ces êtres à la marge occupent des corps généralement dégradés à l'instar du décor dans lequel Roger Ballen les fait poser. Ces corps sont tordus ou vautrés mais le dispositif du photographe fait qu'ils sont systématiquement en harmonie parfaite avec ce qui les entoure.
Le bestiaire qui habite ces images appartient lui-aussi à un registre très décalé : lapin paraissant empaillé, chiots quasi foetus, poulets morts, rats, dinosaure en plastique ou porc de compagnie sur les genoux d'un homme qui lui ressemble étrangement, comme s'il était son double.
Et justement, ce thème du double traverse de manière trouble les images si étranges de Ballen; la photographie qui ouvrait véritablement l'exposition était celle intitulée "Dresdie and Casie, twins" (en haut), 1993. Le ton est donné : deux hommes jumeaux, au regard absolument inquiétant, aux oreilles démesurément décollées, la bave coulant de leur bouche, maculant ainsi leur chemise déjà sale, sont photographiés côte à côte, plantant sauvagement leurs yeux dans les miens. Le tirage photo est très grand et d'une grande qualité. L'effet de présence, dû à la frontalité est radical.
Il faut dire que dans le sas de cette exposition était présentée "Cathleen and Coleen, Roselle, New Jersey", la célèbre photographie de Diane Arbus représentant deux fillettes, elles-mêmes jumelles, et également de manière frontale. La fraîcheur du visage de ces fillettes ne parvient pas, toutefois, à débarrasser cette image d'un vague côté tératologique, tant le double est parfait, les robes sont noires et identiques et la frontalité de la pose fonctionne comme une barrière. Les images du double, notamment en photographie (qui est déjà le médium du double), occupent une place très particulière et savent déranger et perturber comme aucune autre.
Le double aurait-il la vocation de créer des monstres?
photographie des jumeaux extraites du site de la BNF
photographie de l'homme au cochon extraite du site de la galerie de Robert Klein
photographie de Diane Arbus extraite du site Artnet



Commentaires

De manières différentes mais très troublantes, les photographies que vous nous donnez à voir dans ces deux derniers billets nous interpellent fortement.
Par une non conformité par rapport à ce qu'on attendait qu'ils fussent ? J'espère toujours me défaire de cette projection qu'on peut opérer sur les êtres , de ces "préjugés" en fait (je pense à Mondrian; trop sage)...pas si facile d'être "large d'esprit"...
Commentaire n°1 posté par Lyliana le 16/06/2006 à 11h32
C'est vrai qu'on va peut-être chercher "la conformité" dans la photographie (censée être fidèle, "vraie", etc.) et le double nous renvoie à nous-mêmes et à une autre complexité.
Commentaire n°2 posté par holbein le 17/06/2006 à 09h59
La question qui clos ce bilet pourait être "doublée" de: Quel intérêt il ya -t'il à représenter le "double" ?
Commentaire n°3 posté par Amazone le 19/06/2006 à 14h59
marde j'ai lâcher une faute d'orthographe indigne.
Commentaire n°4 posté par Amazone le 19/06/2006 à 15h02
Quel intérêt il ya -t'il à représenter le "double" ?

Quel intérêt d'aller faire un autoportrait?
etc.
La question est difficile. Je pars d'un constat, d'un truc récurrent, et puis après, il faut se dire que les choses ne sont pas aussi simples (même dans la tête de l'artiste). Mais le constat est indéniable.
Commentaire n°5 posté par holbein le 19/06/2006 à 15h12
Ces jumeaux D&C me font penser à Benji, du Bruit et la Fureur de Faulkner. Le double de Benji c'est-y Absalom?
Commentaire n°6 posté par Amazone le 20/06/2006 à 17h44
Côté Faulkner ; c'est juste. Description du rustre, de l'enraciné...
Commentaire n°7 posté par holbein le 20/06/2006 à 21h43
vu à la librairie de la MEP plusieurs bouquins sur le sujet ; j'ai retenu : "l'ère du double, acte du colloque sur la gémellité " (avec une très belle photo en couverture) organisé par la MEP, justement, et un livre  photo, "jumeaux et jumelles" (photos pas terribles...) sur le même thème... pour ma part, j'ai un frère jumeau : c'est plutôt les "sans" qui me paraissent étranges ;-)
Commentaire n°8 posté par laurence le 01/07/2006 à 23h37
J'apprécie l'inversion du regard ou du point de vue : "c'est plutôt les "sans" qui me paraissent étranges" !... On a toujours à apprendre en le pratiquant.
Je ne connais pas les livres dont tu parles: j'irai faire un tour à la MEP.
Commentaire n°9 posté par holbein le 02/07/2006 à 09h09
Beautiful exhibition of photographer Roger Ballen at BNF, Paris. Caroline-Christa, Paris
Commentaire n°10 posté par Caroline-Christa Bernard le 31/07/2008 à 21h08

mercredi 14 juin 2006

Arnold Newman, photographe

Arnold Newman,
photographe et portraitiste
Portrait de Piet Mondrian, peintre.
Pour qui a en mémoire la peinture de Mondrian, ce portrait est extrêmement rigoureux et très amusant à la fois.
Cette photographie très composée, architecturée à l'excès, frisant même la caricature a été faite par un grand photographe américain qui vient de mourir : Arnold Newman.
C'était un signe distinctif du style de Newman de tenter d'approcher au plus près de la représentation que l'on se faisait des hommes et femmes célèbres qu'il photographiait. Cela donnait souvent une esthétique très graphique, comme celle des portaits de Tony Smith ou de Stravinsky, de Marcel Duchamp ou bien encore de Martha Graham. Une façon non conventionnelle où l'on sentait qu'il était nécessaire pour lui de faire passer autre chose que la simple identification d'un visage déjà connu.
Né à New York en 1918, Newman est formé à l'académie des Beaux-Arts de Miami, où il étudie la photo. Très vite, il se spécialise dans le portrait. Nommé directeur de studio à West Palm Beach en Floride, il ouvre son propre studio en 1941, quelques mois après sa première exposition. C'est un grand succès.

En 1947, le magazine "Life" lui commande sa première couverture. Cinq ans plus tard, le même journal lui demandera de photographier les candidats à la présidence des Etats-Unis. Le photo-journalisme fait connaître Newman au grand public, bien qu'il ne se reconnaisse pas dans la profession de reporter et lui préfère celle d'artiste.

On reconnaît aisément le travail de Newman. Localiser le sujet dans son environnement pour mieux le définir, voilà la signature de l'artiste. Un meuble, un cadre de vie, un accessoire suffisent parfois à illustrer le personnage. De Stravinski à Picasso en passant par Françoise Sagan, ils sont nombreux à s'être prêté au jeu du photographe.

En 1957, Newman reçoit le prix du photo-journalisme de l'université de Miami. Des récompenses, il en recevra d'autres au cours de sa carrière, avant de faire sa première apparition aux rencontres Internationales d'Arles en 1980.

En 1999, double consécration : il fête son cinquantième anniversaire de mariage avec Augusta et inaugure l'exposition "Arnold Newman's Gift" à New York, retour une carrière longue de plus d'un demi-siècle. Cette année là, c'est Bill Clinton qui passe devant son objectif.

En 2002 nous avions eu la chance de voir une grande exposition de photographies d' Arnold Newman à Paris, à l'hôtel de Sully.
(ces quelques lignes de sa biographie sont d'ailleurs extraites de la présentation de cette exposition).
photographies empruntées au site : http://www.digitaljournalist.org/issue0312/an_index.html



Commentaires

dans un esprit un peu similaire - même si Mondrian n'apparaît pas : la magnifique photo de Kertesz :
http://www.libraryartshop.com/perl/frView?artID=62644&choose=1&view=1&collectionID=9990
très chouette ce blog (même si ça manque un peu de carambar à gagner...). Ca m'a convaincu d'aller faire un tour au Grand palais !
Commentaire n°1 posté par laurence le 14/06/2006 à 19h48
Oui, très belle photographie de Kertesz qui est un artiste que j'aime. Il faut regarder "Paris de nuit"...Très beau.
Et Mondrian, quelqu'un de fascinant aussi (on ne connaît, ou plutôt on identifie Mondrian uniquement grâce à ses "toiles cirées" mais lorsqu'on regarde son cheminement, c'est passionnant, notamment la série sur les arbres).
Merci pour tes compliments au sujet du blog. Je n'en suis pas encore au stade "carambar"...
Commentaire n°2 posté par holbein le 15/06/2006 à 08h55
vite, enlève le commentaire précédent, Paris de nuit, c'est Brassaï !!
ça mérite pas un carambar, ça non plus ?
Commentaire n°3 posté par laurence le 15/06/2006 à 15h44
La bourde ! J'ai avalé mon carambar de travers... Aujourd'hui, il m'arrive que des trucs tordus. J'aurais mieux fait de rester au lit.
Et pourtant, Brassaï et Kertesz, je les connais bien.
Esprit brumeux, loin, loin de moi !
Je décide de laisser mon commentaire. J'assume (shame on me!).
Commentaire n°4 posté par holbein le 15/06/2006 à 16h52
erreur pas si honteuse : même s'il s'en défendait, Brassaï a été très influencé par son compatriote, ce que l'on devine dans ses "lettres à mes parents" qui ont été rééditées il y a peu. D'ailleurs, à l'époque où Brassaï gagnait sa vie comme journaliste, c'est Kertész qui, à plusieurs reprises, a illustré ses articles. Quand Brassaï en a eu assez de verser une partie de son salaire au photographe, il a acheté un appareil. Pas pour faire de l'art (il était venu à Paris pour devenir peintre) mais pour gagner un peu plus d'argent pour vivre. A la même époque que Paris de nuit, Kertesz publiait, lui, un livre intitulé "Paris."

Oui, je donnerai mes impressions sur Godard : séjour à Paris la semaine prochaine, avec au programme : godard, grand palais et l'expo de Chaissac, pour laquelle j'ai eu une invit, chouette !
Commentaire n°5 posté par laurence le 15/06/2006 à 18h41
Merci Laurence au grand coeur de voler à mon secours !
J'attends tes impressions sur voyage(s) en utopie. Je vais retourner la voir car elle a sûrement déjà changé.

Je mets un post sur un autre photographe (Roger Ballen) que j'aime nettement plus que Newman. Tu as eu l'occasion de voir cette expo ?
Commentaire n°6 posté par holbein le 15/06/2006 à 22h15
arg... non, j'ai acheté le photo poche, mais je n'ai pas vu l'expo... je le regrette encore ! Pour moi, c'était peut-être l'expo photo la plus intéressante de cette année. Et va savoir pourquoi, au lieu d'aller la voir, je suis allée au vernissage de l'expo sur la photo engagée, à la bnf, toujours, mais sur l'autre site. en fait, je sais, c'est parce que je croyais naïvement qu'une invitation pour un vernissage à la BNF, ça impliquait qu'on pouvait manger et boire sur place ;-) Mais rien : les vernissages en province, y a pas mieux ! Bref, l'expo sur la photo engagée est vraiment mauvaise (je trouve), à la fois pour ce qui concerne l'accrochage et le choix des photographes - sans parler de cette idée stupide d'ajouter le portrait  de chaque photographe exposé. Le lendemain, j'ai acheté les Mythologies de Barthes, pour relire ce qu'il disait 50 ans plus tôt sur la photo engagée. Toujours d'actualité, hélas, en tout cas pour cette expo. Bref, je suis bien contente que tu aies fait un post sur Roger Ballen ! Je le lirai demain soir, je suis un peu crevée ce soir...
Commentaire n°7 posté par laurence le 16/06/2006 à 00h00

mardi 13 juin 2006

Boltanski et les cadavres

Questions pour tous,
secrets pour chacun

Cruauté du choix
J’ai fait un livre entièrement imprimé en papier d’argent, recouvert de cette matière que l’on utilise pour les tickets à gratter. Si l’on choisit de gratter apparaisent des images de cadavres découpés en morcaux. A chacun de décider de découvrir ou non ces atrocités. De garder le beau livre en argent sans images, ou l’horrible recueil de tortures.
La responsabilité est rendue au spectateur. Cela m’intéressait de travailler sur l’envie et le refus. Je n’ai jamais voulu montrer aucune photographie de cadavre pour une question de moralité.

Déclaration de Christian Boltanski,
Cahiers du cinéma, N°607, déc 2005, p27

lundi 12 juin 2006

Les Environne(mental)es

Les « Environnementales» biennale d'art contemporain
« dans » et « avec » la nature,
du 6 mai au 2 juillet 2006.
Parc paysager de TECOMAH
Jouy-en-Josas (Yvelines)
 

Les voilà ces oeuvres rouges. J'allais appeler ça des sculptures. Mais, non. On ne peut pas appeler ça des sculptures ; finalement, c'est quoi une sculpture ? Un truc autour duquel on peut tourner. Oui. Là aussi on peut tourner autour ? Oui. Alors c'est une sc...Je te dis que non ! C'est plutôt comme une peinture : on ne peut la voir que d'un seul côté. Alors ? Bon. Définition de la sculpture ? Tu vois, il y en a une que j'aime bien, c'est celle de Barnett Newman : "La sculpture c'est ce contre quoi l'on se cogne quand on se recule pour regarder un tableau".
-Tu cherches à m'en mettre plein la vue avec Barnett Newman ; c'était un intégriste ! Excepté la peinture, il y avait rien d'autre, pour lui.

Ces taches rouges dans l'herbe, il a appelé ça "Jardin secret", Miguel Engada.  
Miguel Engada C'est la reproduction des tests de personnalité de Rorschach (ce fameux psychiatre suisse) afin que chacun conçoive son jardin personnel, son jardin secret...
-T'es vraiment un romantique, toi, pour aimer ça.
Amel Bennys Là, tu peux pas vraiment saisir ; tu te dis c'est bancal, mal foutu, etc. Alors justement, lis le titre de l'oeuvre : "Encore un peu debout" Ca y est ? C'est fait exprès. Et en plus, l'herbe : elle était rose !
Marion Galut Jardin caché. Oui, c'est le titre. Et c'est très bien caché car en arrivant sur le site (le plan de la lionne en mains) tu ne vois RIEN ! Tout est enterré : des roses coupées, dans des cylindres sous terre. Changées tous les quatre jours.

Shigeko Hirakawa C'est Le toboggan des dieux : accroché entre deux arbres, sur le sommet d'une colline. Ce toboggan suggère l'itinéraire du Dieu du jardin et du Dieu du soleil. Un tunnel de 50 m de tissu qui se balance au gré du vent.
-Alors, si tu comptes bien, dans ton gymkhana, il nous en manque trois.
-Yes. Les voilà :
Ce travail, Des gestes, un parcours, a été fait par une artiste du nom de Francine Larivée, et avec un nom comme ça, tu comprends qu'elle est canadienne. L'ensemble du projet un un "work in progress" comme on dit par chez nous. In situ qui implique une lecture des signes et des traces d'une histoire enfouie révélés par le site, au fur et à mesure de l'évolution du projet (c'est ce qu'elle explique sur le site de l'expo).

Là, j'ai trop marché. Fatigué. Les autres, les deux qui restent, tu iras les voir toi-même. Il y en a un qui s'appelle Lit d'arbre tu peux l'essayer. C'est marrant.C'est Christophe Gonnet qui l'a fabriqué. Le Lit d'arbre est un instrument en acier qui permet à l'usager de s'allonger perpendiculairement au tronc de l'arbre sur lequel il est fixé. Le corps couché, en suspension au-dessus du sol, devient un prolongement de l'arbre.
Et puis le dernier c'est Le potager du fou de
Jacques Leclercq-K
Sur un aménagement de balles de débris de canettes compressées jaillissent herbes, fleurs et légumes plantés avec attention, à l'image décalée d'un jardin médiéval. Ironie plutôt que nostalgie, assure l'auteur.

Les Environne(mental)es c'est bien pensé, pas si mental que ça finalement. Très physique.
Tu rentres chez toi et tu dors bien.

-Au fait, t'as cherché à m'en mettre plein la vue avec ton Barnett Newman et son vieux jeu de mots sur la sculpture. Alors, tu l'as toujours pas la définition ? C'est le grand Bataille qui disait : Un dictionnaire commencerait à partir du moment où il ne donnerait plus le sens mais les besognes des mots. Bingo !

photographies de l'auteur




Commentaires

L'Art environnemental et le Land Art ont maintenant leur Portail: http://www.landarts.fr/ Retrouvez les artistes actuels de l'Art dans et avec la Nature.
Commentaire n°1 posté par Portail du Land Art le 12/07/2009 à 14h21