mardi 17 octobre 2006

Yves KLEIN (7)

L'art c'est la bonne santé
 Un jour, à l’occasion d’une séance d’Anthropométries de l’époque bleue (que j’évoquerai demain), le peintre Georges Mathieu lance à Yves  Klein  : « D’accord pour le mythe, mais où est l’art ?»
— et Yves Klein de lui répondre : « L’art c’est la bonne santé.»
 Klein ajoutera plus tard : « Pour moi la peinture n'est plus en fonction de l'oeil aujourd'hui : elle est en fonction de la seule chose qui ne nous appartienne pas en nous : notre vie.»    La vie, c'est la bonne santé.
 Le 19 octobre 1960 le Saut dans le vide allait donc être mis en scène à Fontenay-aux-roses. L’art étant la bonne santé, Klein, obsédé par la mort, tenait néanmoins à la vie et demanda donc à une douzaine de judokas de le recevoir à l’occasion de ce fameux Saut dans le vide. Ces judokas le rattrappèrent dans une bâche. Le saut fut recommencé plusieurs fois d'affilée afin que l’expression du visage fût juste. Bâche et judokas furent supprimés par un montage photographique…
Rotraut, son épouse, présente lors de l’événement, raconte qu’au terme de quatre ou cinq sauts, Yves était prêt à sauter sans la bâche.
Folle d'inquiétude, elle l'en dissuada.
Klein fit jurer à Rotraut, Shunk et Kender de ne rien dire à propos du filet.
La photographie fut publiée sans date et sans spécification de lieu.

Cette photographie est une image qui annule temps, une image forte d’un désir de paradis. Icare a échappé provisoirement à son destin.
illustration : Hendrik Goltzius (néerlandais, 1558-1617). Icare, extrait de The Disgracers, d'après Cornelis Cornelisz van Haarlem (néerlandais, 1563-1638). gravure, 1588  ©The New York Public Library
Le texte introductif est une citation  d'un propos de Pierre Restany dans le chapitre intitulé "1960 : l'année hors limites" , p 32, du catalogue de l'exposition "Hors limites" présentée au Centre Pompidou du 09 novembre 1994 au 23  janvier 1995.
L'histoire de ce Saut dans le vide a été racontée par Thomas Mc Evilley, et  les éléments de cette histoire distlllée dans les cinq derniers billets sont empruntés à son article intitulé : Yves Klein, conquistador du vide, p 17, in catalogue de l'exposition Yves Klein, Centre Georges Pompidou, 1983.

liens Yves Klein :

* exposition Centre Georges Pompidou, Paris
* Yves Klein, archives
* Insecula, biographie
* Mamac, Nice
* un texte sur Yves Klein
* artcyclopedia, Yves Klein dans le monde
* Wikipedia
*
biographie détaillée (pdf)

lundi 16 octobre 2006

Yves KLEIN (6)

Yves KLEIN : le cycliste et la chute

 Ceci est un détail de la célèbre photographie qu'Yves Klein fit paraître le 27 novembre 1960 dans Dimanche, Le journal d'un seul jour. Un cycliste qui passe, indifférent à ce qui est en train de se dérouler. Le mythe d'Icare n'est  pas très loin. En effet, dans son huile sur bois, La Chute d'Icare, Breughel illustre un passage des Métamorphoses d'Ovide en prenant le contre-pied du texte et montre comment le laboureur ignore Icare qui chute et disparaît. Il s'agit sans doute de l'expression de l'indifférence.

Ne restons donc pas indifférents au drame de celui qui, voulant monter trop haut, s'est lui-aussi brûlé les ailes : Yves le mégalomane.

 Le Saut dans le vide, évoqué dans le billet précédent, et que Pierre Restany faillit voir,  a sans doute eu lieu rue de l’Assomption, chez la galeriste Colette  Allendy qui en a fait une description. Elle prétend que ça n’avait rien d’extraordinaire pour un judoka de la trempe de Klein, qu’il voulait que ça se sache et que ce n’était pas truqué.

En fait il avait sauté sans filet. Et son témoin essentiel, celui qui était crédible dans le monde de l’art, n’avait pas été là.

 Le second et le troisième saut n’auraient d’existence que comme des tentatives de fonder la crédibilité de l’exploit accompli sans “témoin officiel”. Face aux moqueries et la suite d’une démonstration malheureuse d’un saut au dessus d’une table qui lui laissa une blessure à l’épaule, Klein modifia ses projets. Pourquoi risquer de se blesser à nouveau alors que l’exploit avait déjà été réalisé ?
Yves Klein décida alors d’utiliser un filet. Le saut devant les photographes devait parfaire l’événement ayant déjà eu lieu. Les photographies, prises dans des conditions de mise en scène, devaient fournir une preuve documentaire.

Il était donc déterminant pour lui de dissimuler le jour et le lieu  de ces prises de vue afin de ne pas risquer d’entamer encore un peu plus sa  crédibilité.

Le lieu fut choisi : 5 rue Gentil-Bernard à Fontenay-aux-roses (entre temps, Colette Allendy était décédée et il y avait un club de judo à Fontenay). La date également : le 19 octobre 1960. Harry Shunk et John Kender furent engagés comme photographes.

La re-création du Saut dans le vide, sans filet, pouvait alors commencer.
suite demain...
    
liens Yves Klein :

* exposition Centre Georges Pompidou, Paris
* Yves Klein, archives
* Insecula, biographie
* Mamac, Nice
* un texte sur Yves Klein
* artcyclopedia, Yves Klein dans le monde
* Wikipedia
*
biographie détaillée (pdf)
liens Pieter Breughel:
* une analyse de l'oeuvre la Chute d'Icare
photographie : Yves Klein, le Saut dans le Vide, (détail) Harry Shunk
in catalogue de l'exposition Yves Klein, Centre Georges Pompidou, 1983, p 358


peinture : La Chute d'Icare,
vers 1558,  Pieter Breughel . Huile sur bois, Musées Royaux des Beaux-Arts, Bruxelles

Est-ce que j'ai pensé à vous dire qu'il y a une exposition Yves Klein (
intitulée : Corps, couleur, immatériel) à Paris, au Centre Georges Pompidou ? Vingt-trois ans après une rétrospective Yves Klein qui était présentée à Paris... au Centre Georges Pompidou.
Mais le Centre Pompidou est en grève ;  alors....

dimanche 15 octobre 2006

Yves KLEIN (5)

  Yves Klein
Photographie inédite.
Se rappeler le texte :
 
Station : nous sommes à l’automne 1960. Le roi du ciel lève le rideau pour un nouvel acte de son monodrame. Yves, vêtu d’un complet d’homme d’affaire et d’une cravate, donne une démonstration de vol. Il se tient sur le rebord du 2e étage et regarde en bas vers la rue, puis en haut vers le ciel, sa demeure. Lorsque les photographes sont prêts, il bande ses muscles entraînés par le judo et s’élance avec un mouvement ascendant dans une liberté splendide. Fixant d’un regard intense le ciel (les yeux étincelants) sans penser à la dureté du sol au dessous de lui, il reste un instant suspendu au plus haut de son saut (on entend le déclic des appareils) puis s’élève avec grâce par dessus les toits de Paris, se perd dans les nuages un instant et disparaît dans l'’au-delà du ciel, sa demeure véritable.
Icare n'est pas tombé : l'abîme et le vertige, à la fois. Il s'agit ici de l'instant qui suit. Juste après.

Ne va surtout pas croire ça, lecteur ! La photographie (ci-dessus)  est un trucage. Un de plus. Alors, Yves le monochrome a-t-il réellement sauté ?

 
Il était certain de pouvoir voler. Il me disait qu’à une certaine époque les moines savaient entrer en lévitation et que lui aussi y parviendrait. C’était une obsession. Il était comme un enfant, réellement convaincu qu’il pourrait le faire.


Rotraut Uecker, sa femme
 Rumeurs et controverses foisonnent à propos de la fameuse photographie du saut dans le vide. Yves Klein a su entretenir l’ambiguïté. Aujourd’hui, même les photographes donnent des versions contradictoires.

Une chose est certaine à propos de la photographie parue dans Dimanche, (le journal d'un seul jour) : Un agrandissement réalisé à partir du négatif montre avec une évidence absolue la ligne de montage qui traverse la photographie de droite à gauche sous les pieds d’Yves Klein et qui part en zigzag dans le feuillage derrière lui.

Mais
l’histoire de cette action ne peut pas se résumer à cette photographie  :  il y eut en vérité trois sauts. Les circonstances et même les lieux furent différents. Évidemment les témoins furent également différents, d’où les confusions.
C’est Pierre Restany (le célèbre critique d’art, créateur des Nouveaux Réalistes) qui a failli être le témoin du premier saut. Yves lui annonce qu’il “va faire quelque chose d’important” et convie le critique d’art. Malheureusement Restany arrive en retard et trouve Klein dans une sorte d’extase mystique. Il semble avoir accompli un exploit physiquement épuisant et dit à Restany : “Tu viens juste de manquer un des événements les plus importants de ta vie. “
Restany va déclarer : “Il boitait légèrement à cause d’une entorse. En vérité, si je n’étais pas allé chez lui et si je n’avais pas été le témoin de l’état dans lequel il était, j’aurais toujours pensé que c’était un montage photographique.”
L’événement que relate Pierre Restany a lieu dix mois avant la fameuse prise de vue publiée dans Dimanche.
Tu auras compris, lecteur, que ce montage photographique est contemporain du billet que tu as sous les yeux et que j'en suis l'auteur.(surveille bien le cycliste)

suite demain... 


liens Yves Klein :

* exposition Centre Georges Pompidou, Paris
* Yves Klein, archives
* Insecula, biographie
Mamac, Nice
* un texte sur Yves Klein
artcyclopedia, Yves Klein dans le monde
Wikipedia
biographie détaillée (pdf)

Commentaires

Salut,

Je découvre ton blog -bien- et ton post sur Klein.
cette semaine, je fais un billet sur le MAMAC de Nice que j'ai découvert cet été et bien entendu je parlerais de Klein !
Commentaire n°1 posté par Joel le 22/10/2006 à 22h31
Merci. Et quand c'est fait, tu me fais signe...
Tu as vu l'expo à Beaubourg ?
Commentaire n°2 posté par holbein le 22/10/2006 à 23h35
C'est fait....très modestement !
Suis pas encore allé à Beaubourg car j'habite en province, mais je compte bien y aller !
Commentaire n°3 posté par Joel le 23/10/2006 à 18h03
Le bleu Klein est fascinant. L'expo à Beaubourg, à Paris, est très bien faite et la salle des monochromes bleus force le respect.

Il y a une artiste que j'aime dans ta liste, c'est Niki de St Phalle. Quand tu vas à Beaubourg, ne loupe pas la fontaine Stravinsky (juste à côté) avec des sculptures de Niki et de Tinguely (elles bougent et crachent de l'eau !)
Commentaire n°4 posté par holbein le 26/10/2006 à 00h45
Le bleu Klein est fascinant. L'expo à Beaubourg, à Paris, est très bien faite et la salle des monochromes bleus force le respect.
Il y a une artiste que j'aime dans ta liste, c'est Niki de St Phalle. Quand tu vas à Beaubourg, ne loupe pas la fontaine Stravinsky (juste à côté) avec des sculptures de Niki et de Tinguely (elles bougent et crachent de l'eau !)
Commentaire n°5 posté par holbein le 26/10/2006 à 00h50
tres belle exposition yves klein . cependant l homme est un peu trop mystique  a  mon gout  (ex  sa devotion a sainte  rita ) par contre il y a un membre  des nouveaux realistes   a redecouvrir . il s agit de  GERARD DESCHAMPS  qui a une tres belle oeuvre et qui est helas trop ignore .....
Commentaire n°6 posté par michel bouchaib le 10/11/2006 à 19h57
tres belle exposition yves klein .;mais   son mysticisme prete  a rire  (ainsi sa devotion a sainte rita    les roses croix  ) par contre un membre des nouveaux realistes qu il reste a decouvrir  :  GERARD  DESCHAMPS  dont l oeuvre est superbe et helas trop  ignoree .
Commentaire n°7 posté par mbouchaib@laposte.net le 10/11/2006 à 20h04

Tout à fait d'accord sur le côté mystique et également totalement irrationnel de Yves Klein.
Iris Clert, sa galeriste, parlera de lui comme d'un «être habité» et d'un «poète de l'irrationnel». (Yves Klein, catalogue d'exposition 1983, p259).
Quant à Gérard Deschamps, c’est juste. J’ai évoqué cet artiste, avec une «belle image» cueillie à la Force de l’art le 30 mai  2006 :

http://espace-holbein.over-blog.org/archive-05-30-2006.html
Commentaire n°8 posté par holbein le 11/11/2006 à 18h34
    je suis heureux  que vous partagiez mon point de vue . il est vrai que gerard deschamps  est trop souvent icgnore (je crois savoir  qu aucun f r a c ne pssede une de ses oeuvres) des institutions . pourriez vous me faire savoir  quand vous  avez evoque  son oeuvre . merci
Commentaire n°9 posté par mbouchaib@laposte.net le 16/11/2006 à 16h05
Très sommairement (juste une image) : le 30 mai 2006 ; allez dans le sommaire car le lien que je vous avais mis ne renvoie qu'à la page sur laquelle nous sommes déjà.

Qu'est-ce qui vous attache à cet artiste ?
Commentaire n°10 posté par holbein le 16/11/2006 à 16h21

samedi 14 octobre 2006

Yves KLEIN (4)

Yves Klein
Le Saut dans le vide. Essai ?  Avec filet ? Trucage ? Version préliminaire à l'oeuvre.
Voici une autre version un peu moins connue et qui a précédé celle parue dans dans Le Journal d'un seul jour.   


Nous deviendrons tous de hommes aériens, nous connaîtrons la force de l'attraction vers le haut, vers l'espace, vers le vide et en même temps le tout ;  lorsque les forces de l'attraction terrestre auront été ainsi dominées, nous léviterons littéralement vers la liberté physique et spirituelle totale.

Yves Klein
In  AZUR, catalogue de l'exposition, Fondation Cartier, 1993, citation, p 142

 Chez Yves Klein le rêve de vol était très ancien et datait de ses premières lectures de Max Heindel. Pendant un certain nombre d'années, Klein a étudié La Cosmogonie des Rose-Croix, de Max Heindel, une doctrine nébuleuse dont l'origine remonte au XVIIe siècle et qui était en vogue dans les milieux artistiques européens aux XIXe et XXe siècles . Klein sera d'ailleurs membre de la société des Rose-Croix d'Oceanside (Californie) de 1948 à 1953 (cf. article d'Harry Bellet dans le quotidien Le Monde du 07 10 06 ).

 Yves Klein a également été influencé par l'oeuvre du philosophe Gaston Bachelard. A l'occasion d'une exposition à Anvers, en 1959, il lut publiquement un extrait de l'Air et les songes tiré du chapitre intitulé "le ciel bleu" : (...) d'abord il n'y a rien, puis un rien profond, ensuite il y a une profondeur absolue."
 Il essaya de se définir comme disciple de Bachelard, sans toutefois trop comprendre sa pensée, au point de lui rendre visite en 1961 pour lui expliquer qu'il était une espèce de cryptocrosicrucien... Bachelard le congédia froidement pensant qu'il était "complétement fou".

En 1960 Klein décide d'aller jusqu'au bout de son mythe, de faire son saut dans le vide.

suite demain...
liens Yves Klein :
* exposition Centre Georges Pompidou, Paris
* Yves Klein, archives
* Insecula, biographie
* Mamac, Nice
* un texte sur Yves Klein
* artcyclopedia, Yves Klein dans le monde
* Wikipedia
photographie : Yves Klein, le Saut dans le Vide, Harry Shunk
in catalogue de l'exposition Yves Klein, Centre Georges Pompidou, 1983, p 51



Commentaires

Alors ? Alors...
Commentaire n°1 posté par iznogood le 14/10/2006 à 16h15

Yves le monochrome a mis toute une vie pour se décider et moi je livrerais tout, tout de suite ?... ;-)

Alors, alors...?
Suite : demain.
Commentaire n°2 posté par holbein le 14/10/2006 à 19h39
Bonjour,

Félicitations pour votre site qui est vraiment bien conçu! J'ai créé un annuaire de blogs et si vous souhaitez vous y inscrire voici l'adresse: http://netblog.site.cx  !

Bonne continuation
Commentaire n°3 posté par xav le 15/10/2006 à 00h34
Merci, c'est gentil.
J'irai voir.
Commentaire n°4 posté par holbein le 17/10/2006 à 08h34

vendredi 13 octobre 2006

Yves KLEIN (3)

Yves Klein

Le Saut dans le vide
. Tentative ?  Avec filet ? Sans filet ? Version préliminaire à l'oeuvre. Photographie un peu moins connue et qui a précédé celle parue dans dans Le Journal d'un seul jour.
liens Yves Klein :
* exposition Centre Georges Pompidou, Paris
* Yves Klein, archives
* Insecula, biographie
* Mamac, Nice
* un texte sur Yves Klein
* artcyclopedia, Yves Klein dans le monde
* Wikipedia
photographie : Yves Klein, le Saut dans le Vide,
in catalogue de l'exposition Yves Klein, Centre Georges Pompidou, 1983, p 198



Commentaires

Même tentative - sans doute avec filet.
Je suppose qu'il s'agit du même saut, mais puisque le point de vue est différent et comme le photographe n'a surement pas couru d'un point à l'autre ; puisqu'enfin ce 2e photographe n'apparaît pas sur la première image; je dirais qu'il s'agit d'un trucage. Si je tombais d'aussi haut, j'essaierais probablement de me protéger un minimum en mettant mes bras devant moi : il doit donc y avoir un filet.
Alors ?
Commentaire n°1 posté par iznogood le 13/10/2006 à 15h14
Alors, alors...?
Suite : demain.
Commentaire n°2 posté par holbein le 13/10/2006 à 18h21