mercredi 15 novembre 2006

Robert RAUSCHENBERG 8.

Robert Rauschenberg, Chuck Close
Robert (Rauschenberg), 1998, Photogravure, 28.75 x 24 inches
par
Chuck Close
                                    Greg Kucera Gallery, Seattle.

People keep asking me if I'm still painting heads, and if I say yes, they think there's been no change.   -  Chuck Close -
       
Le Centre Georges Pompidou présente actuellement une exposition qui met en scène des «combine paintings» réalisés par l'artiste, principalement  entre 1954 et 1961.
liens Robert Rauschenberg :

* l'exposition au Centre Georges Pompidou
* petite biographie Wikipedia
* l'exposition du MAMAC de Nice de juin 2005
* galerie d'oeuvres présentées au MAMAC en juin 2005
* article
de Philippe Dagen du Monde du 18 octobre 2006* article d'Alain Dreyfus de Libération du 20 octobre 2006  
* article de Judith Benhamou-Huet, Les Échos du 8 novembre 06
* article d'Olivier Cena, Télérama du 07 octobre 2006
* desordre.net : image Rauschenberg...
* petit diaporama de l'Express, 23 octobre 2006
* galerie de Combines au Metmuseum
* autour de Odalisque, un petit texte du CNDP
* insecula, quelques oeuvres de
Rauschenberg

mardi 14 novembre 2006

Robert Rauschenberg .7

        Robert Rauschenberg, l'envol


Une chose intrigue lorsque l’on commence à s’intéresser à l’œuvre de Rauschenberg c’est son attirance pour ce  qui s’envole, vole, ou s’élève, pour tout ce qui est dans les airs.
Dans le «Combine» présenté le 09 novembre, Hazard, une aile d'oiseau, blanche, verticale est fixée tout en haut à droite de la composition, bien au dessus de tout le reste. Le format étroit et vertical accuse l'impression.
Il suffit de regarder un peu au hasard, les productions de l’artiste pour tomber sur des éléments qui confirment ce constat : les ailes apparaissent directement dans bon nombre d'œuvres, de manière très directe comme dans  Coca Cola Plan (1958) ou dans Rodeo Olympics Glut (1988). Dans Charlene (1954) c'est une sorte de mongolfière ou de parachute déployé. Des parachutes apparaîtront nommément dans d'autres compositions.
  Mais si Rauschenberg est ce créateur d’«assemblages» que sont les Combines, il a aussi été quelqu’un qui a pratiqué la performance et  notamment en l’abordant par la danse ; Elgin Tie , ci-dessus, a été présentée en 1964 lors des Cinq Soirées new-yorkaises au Moderna Museet de Stockholm. Rauschenberg avait créé une autre performance intitulée Pelican, un an auparavant. Parachute et soufflerie faisaient partie des matériaux utilisés par l’artiste qui évoluait sur patins à roulettes. Pierre Sterckx écrit dans Beaux Arts Magazine de novembre 2006, p 124 :« Bob  aime les parachutes, les vents, les chutes ralenties qui ressemblent à des lévitations».Une œuvre étonnante de Rauschenberg, dont je ne retrouve pas les références, représente un individu qui fait le saut de l'ange en nous tournant le dos, un saut dans le vide qui le projette dans un ailleurs indédini : une sorte d'ailleurs infini.
Une Combine painting renvoie toujours à un ailleurs, proche ou lointain. Il en est ainsi de toute l'œuvre de Robert Rauschenberg.
  
illustration : ©Robert Rauschenberg, Elgin Tie, 1964, performance in  Performances, l'art en action, Roselee Goldberg, Thames & Hudson, 1999, p 42

illustrations en liens :
* Hazard, 1957 ("Péril") ©Robert Rauschenberg. 215,90 X 93,98 cm
  Ludwig Forum für International Kunst, aix-la-Chapelle.
 Extrait du catalogue d'exposition, Robert Rauschenberg, combines, Édition française, 2006   ©MOCA/Éditions du Centre Georges pompidou, Paris 2006,  p82.
* Coca Cola Plan Moca, Los Angeles
* Rodeo Olympics Glut, 1988
  Collection de l’artiste
  Photo Geoffrey Clements, site MAMAC
*
Pelican 1963, Robert Rauschenberg with Carolyn Brown and Alex Hay
  Film transféré sur DVD  ©Robert Rauschenberg/VAGA, New York/DACS, London 2003
liens Robert Rauschenberg :

* l'exposition au Centre Georges Pompidou
* petite biographie Wikipedia
* l'exposition du MAMAC de Nice de juin 2005
* galerie d'oeuvres présentées au MAMAC en juin 2005
* article
de Philippe Dagen du Monde du 18 octobre 2006* article d'Alain Dreyfus de Libération du 20 octobre 2006  
* article de Judith Benhamou-Huet, Les Échos du 8 novembre 06
* article d'Olivier Cena, Télérama du 07 octobre 2006
* desordre.net : image Rauschenberg...
* petit diaporama de l'Express, 23 octobre 2006
* galerie de Combines au Metmuseum
* autour de Odalisque, un petit texte du CNDP
* insecula, quelques oeuvres de
Rauschenberg

lundi 13 novembre 2006

Robert RAUSCHENBERG 6.

    Robert Rauschenberg-Yves Klein
 En tant que détenteur d'un laisser-passer, je reçois les informations et les publications du Centre Georges Pompidou. Je dois dire que ma surprise a été grande en dépliant le programme 2006-2007 :
 Vous voyez le tout petit pavé (titré «Assemblages») immédiatement à gauche de la très belle photographie d'Harry Shunk représentant le visage d'Yves Klein ? C'est l'annonce de l'exposition Robert Rauschenberg, «Combines».
 La photographie d'Harry Shunk et l'article associé qui annoncent l'exposition d'Yves Klein occupent près de la moitié de la superficie du dépliant alors que seize lignes, sans illustration, suffisent à présenter celle de  Robert Rauschenberg.

 Yves Klein et Robert Rauschenberg sont deux artistes de renommée internationale  et les deux expositions ont lieu au même moment et au même endroit. Qu'est-ce qui justifie cette différence de traitement ?
D'autant plus que, lorsque l'on visite les deux expositions, on ne peut qu'être frappés par les différences : l'une est somptueuse et a bénéficié d'un soin muséographique tout à fait évident, c'est celle d'Yves Klein. L'autre se présente, malheureusement, comme un alignement d'oeuvres, un peu à la manière de pierres tombales dans un cimetière, ce qui ne renvoie pas l'image, pourtant réelle, d'un artiste  ayant une oeuvre exubérante, pleine d'inventions, d'imagination, de jubilation ; je veux parler de l'exposition «Combines».

 Mon propos n'est pas de comparer deux productions artistiques si différentes et mon intention n'est pas d'établir de hiérarchie entre ces deux artistes. Il ne s'agit évidemment pas  d'attribuer des notes, bonnes ou mauvaises, à l'un et à l'autre, comme auraient pu le faire, chacun à son époque, Salvador Dali ou Roger de Piles, mais il est légitime de se demander pourquoi deux artistes aussi reconnus ne bénéficient pas de la même qualité d'approche ou des mêmes attentions concernant leur exposition.
Le Centre Georges Pompidou présente actuellement une exposition qui met en scène des «combine paintings» réalisés par l'artiste, principalement  entre 1954 et 1961.
liens Robert Rauschenberg :

* l'exposition au Centre Georges Pompidou
* petite biographie Wikipedia
* l'exposition du MAMAC de Nice de juin 2005
* galerie d'oeuvres présentées au MAMAC en juin 2005
* article
de Philippe Dagen du Monde du 18 octobre 2006* article d'Alain Dreyfus de Libération du 20 octobre 2006  
* article de Judith Benhamou-Huet, Les Échos du 8 novembre 06
* article d'Olivier Cena, Télérama du 07 octobre 2006
* desordre.net : image Rauschenberg...
* petit diaporama de l'Express, 23 octobre 2006
* galerie de Combines au Metmuseum
* autour de Odalisque, un petit texte du CNDP
* insecula, quelques oeuvres de
Rauschenberg

dimanche 12 novembre 2006

Robert RAUSCHENBERG 5.

    John Cage

   «Y a-t-il une musique du camion qui passe ? » se demandait John Cage.

La réponse est évidente pour lui, comme elle l'est pour Robert  Rauschenberg : oui, puisque l'art c'est la vie.
Après avoir ouvert sa musique au bruit, puis au hasard, le compositeur américain prône désormais l'abolition de toute frontière entre l'art et la vie, dans une optique se réclamant tout à la fois du zen et de Dada.

Daniel Caux
  catalogue de l'exposition   Hors Limites,  Éditions du Centre Pompidou,  Paris,  1994,   p 321

Au même moment, en 1954, Pierre Boulez, jeune compositeur français qui correspondait avec John Cage, annonce sa rupture avec son aîné américain : «Je n'admets pas -et je ne crois pas que je l'admette jamais- le hasard comme composante d'une œuvre faite.»
liens John Cage :

* biographie détaillée, IRCAM
* une autre bio avec discographie, musicologie.org
* panorama de la musique électronique; texte centré sur John Cage, avec entretien
* Leonardo on line : cinq chapitres autour de la vie et l'activité de John Cage
* la notion de silence chez John Cage : texte IRCAM
photographie de John Cage : ©Susan Schwartzenberg, extraite du site newalbion.com.

Commentaires

Je la connaissais cette phrase de John Cage ;-)
Un peu dans le même style, la pièce intitulée " 4'33 " : quatre minutes et demie de silence.
Commentaire n°1 posté par zozocello le 14/11/2006 à 19h12
Tout à fait.
Avec un pseudo comme ça, on sent tout de suite quelqu'un qui connaît la musique... ;-)
Commentaire n°2 posté par holbein le 15/11/2006 à 10h02
Oui, je joue de la flûte..

:-p
Commentaire n°3 posté par zozocello le 15/11/2006 à 13h49
Je penchais plutôt pour un piano "arrangé" (à la manière John Cage, of course) mais avec des cordes de violoncelle ... ;-)))
Commentaire n°4 posté par holbein le 15/11/2006 à 13h55

samedi 11 novembre 2006

Robert RAUSCHENBERG 4.

Combines


 Depuis le 11 octobre 2006, le Centre Georges Pompidou présente une exposition ne mettant en scène que des «Combine paintings» réalisés par l'artiste, principalement  entre 1954 et 1961. Le tout est de savoir ce que l'on nomme «Combine paintings» : s'agit-il d'arrangements ? Est-ce que l'on a affaire à des oeuvres qui sont constituées de matières  et d'objets  hétéroclites  habilement organisés? C'est, de toute évidence,  beaucoup plus que ça.
 Le terme est délicat à  traduire,  ce qui montre, d'une certaine manière, le pouvoir de création de Rauschenberg qui est quelqu'un qui est un inventeur de formes.

 A l'origine des Combines, on peut identifier un faisceau de raisons, de circonstances, de rencontres (celles  avec John Cage ou Merce Cunningham qui seront déterminantes), de motivations personnelles, de jeu, de conceptions face à ce que devrait être une «oeuvre» (le Combine de Rauschenberg est, par exemple, une concrétisation plastique très spectaculaire de la Theory of inclusion de John Cage, fondée sur le principe de simultanéité sonore), de surenchères successives dans un contexte de créativité débridée ( le passage au Black Mountain College, évoqué dans le billet précédent), d'amitié (avec le peintre Cy Twombly avec qui il partira en voyage vers l'Europe et l'Afrique du Nord et avec qui il exposera en 1953 à New York, à son retour aux États-Unis), et beaucoup d'autres choses, encore.
En 1953-1954, juste après ce retour aux États-Unis, Rauschenberg qui travaillait sur une série , les «Red Paintings»,  va présenter une oeuvre, en filiation directe avec cette série et qu'il va appeler Charlene.  Cet objet qui n'est ni une peinture, ni une sculpture sera considéré comme l'un de ses premiers Combines, en tout cas, un des plus significatifs des débuts.

 R. Rauschenberg va donner un entretien à André Parinaud en 1961 ;  Parinaud lui pose cette question :
- « Comment appelez-vous ce que vous faites ? » 
- « Combine painting, c'est-à-dire oeuvres combinées, combinaisons. Je veux ainsi éviter les catégories. Si j'avais appelé peintures ce que je fais, on m'aurait dit que c'était des sculptures et si j'avais appelé cela des sculptures, on m'aurait dit qu'il s'agissait de bas-reliefs ou de peintures. » (1) lui répond celui qui va, trois ans plus tard, décrocher le premier prix de peinture de la Biennale de Venise.

 Mais les choses, on s’en doute, sont bien plus compliquées que ça : un des Combines intitulé «Minutiae» et  présenté dans l’actuelle exposition a eu une fonction particulière. Rauschenberg va être invité par Merce Cunnigham à  fabriquer un décor de scène pour sa chorégraphie Minutiae. L’oeuvre que nous voyons dans l’exposition sera, en 1954, intégrée à cette chorégraphie de Cunnigham où l’on verra les danseurs la traverser, se déplacer à l’intérieur, et de ce fait elle prendra une dimension qui ira bien au delà d’un objet que l’on admire dans une salle de musée. La dimension performative de l’objet devra être intégrée dans sa définition.

Enfin, il serait intéressant de relever une dernière donnée relative à l’origine des Combines. En 1952, Pollock va abandonner le dripping : d’immenses toiles étaient posées au sol et le peintre dansait littéralement autour et à l’intérieur de sa peinture, l’éclaboussant de giclures qui s’organisaient en un entrelas complexe d’arabesques ; le geste et le mouvement du corps étaient des parties intégrantes de l’oeuvre (voir, notamment, les films du photographe Hans Namuth qui a suivi Jackson Pollock). C’est ce qu’on appellera l’Action Painting. Ce geste devait être fondateur pour la peinture américaine et la peinture en général. Or, il prenait fin. C’est Rauschenberg qui, très brillamment,  va réactiver cette dimension du geste expressif dans le cadre d’une oeuvre d’art ; et ce sera l’avènement des Combines.

Et Rauschenberg va emprunter ce terme de «Combine» au vocabulaire utilisé dans le domaine de l’agriculture mécanisée.  Oui, l'agriculture mécanisée... En effet, à cette époque, en 1955, ce que les Américains appellent «combine», c’est la moissonneuse-batteuse, une sorte de machine extravertie qui a plusieurs fonctions. Nous voici dans du lourd, du quotidien...

Rauschenberg voulait rassembler l’art et la vie. C’est fait ? Sans doute.


A demain, peut-être...
1. in  Robert Rauschenberg, oeuvres de 1949 à 1968, catalogue de l'exposition rétrospective présentée à Paris, musée d'Art moderne de la ville de Paris, Section ARC, 1968
illustrations : Robert Rauschenberg combines, catalogue de l'exposition du centre Georges Pompidou Éditions française, 2006 ©MOCA/Éditions du centre Pompidou :
-Pilgrim, 1960, p 139
-Charlene, 1954, p 35
-Minutiae, 1954, p29
-Coca-Cola plan, 1958, p95

Le catalogue est superbe, d'une très belle impression. Il présente des pièces qui ne sont pas présentées à Paris.

Les «Combines» (prononcer : kommb(aye)n'sss) : rien à voir avec les combines (le i de «pipi»). Une combine, c'est un truc un peu malin dont on va être fier (on fait le malin en racontant sa combine) ou alors un truc dont on se vante pas (type : combine foireuse). T'auras compris lecteur que ça n'a rien à voir, mais rienavoirdutout avec le bricolage de Bob qui lui était un type marrant, roublard qui s'est foutu de la gueule de pas mal de monde, notamment des papys de l'époque et des peintres morts ou presque morts qu'il a remplacés, du type Jackson Pollock ou Barnett Newman, for instance... Ca l'a propulsé directos dans la deuxième partie du XXème siècle à l'aide de ses bouteilles de Coca qui s'envolent vers...Andy Warhol, le Pop art et toute la bimbeloterie publicitaire qui réjouira tant l'Amérique d'abord, puis le monde entier, ensuite !
Un grand bonhomme, ce Bob...
Rauschenberg, je t'aime !
Le Centre Georges Pompidou présente actuellement une exposition qui met en scène des «combine paintings» réalisés par l'artiste, principalement  entre 1954 et 1961.
liens Robert Rauschenberg :

* l'exposition au Centre Georges Pompidou
* petite biographie Wikipedia
* l'exposition du MAMAC de Nice de juin 2005
* galerie d'oeuvres présentées au MAMAC en juin 2005
* article
de Philippe Dagen du Monde du 18 octobre 2006
* article de Judith Benhamou-Huet, Les Échos du 8 novembre 06
* article d'Olivier Cena, Télérama du 07 octobre 2006
* desordre.net : image Rauschenberg...
* petit diaporama de l'Express, 23 octobre 2006
* galerie de Combines au Metmuseum
* autour de Odalisque, un petit texte du CNDP
* insecula, quelques oeuvres de
Rauschenberg