| Gradiva dépeindre |
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| Dans Gradiva, nouvelle de Wilhelm Jensen rendue célèbre par son commentaire freudien, un archéologue tombe amoureux d’une jeune fille représentée sur un antique bas-relief. «Il tisse autour d’elle ses fantaisies, il lui imagine un nom [Gradiva] et une origine, il transporte cet être qu’il a créé dans la ville de Pompéi, ensevelie voici plus de 1800 ans.» | |||||||||
Il se rend sur les lieux et, au cours d’une rêverie diurne, «tandis qu’il anime ainsi le passé par son imagination, il voit soudain, sans pouvoir en douter, la Gradiva de son bas-relief sortir d’une maison et, d’un pas léger, gagner […] l’autre côté de la rue.» On apprendra par la suite que la jeune fille aperçue par l’archéologue est une amie d’enfance – à qui son sentiment amoureux s’adressait en réalité, via le détour de cette construction fantasmatique complexe.
A l'exemple de Roland Barthes, oublions un instant cette fin et la leçon qu'en tire Freud, pour ne conserver que l'épure du délire de reviviscence que propose le conte de Jensen. Celui-ci se présente comme une variation sur le très ancien motif qui, de Pygmalion au Portrait de Dorian Gray, prête vie à la représentation - mais avec cette particularité que la dimension historique y remplit une fonction éminente.
André GUNTHERT
Le complexe de Gradiva, Théorie de la photographie, deuil et résurrection
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| Ce texte d'André Gunthert, est extrait de : Le complexe de Gradiva, Théorie de la photographie, deuil et résurrection, qui fait partie du N°2 de la revue Études photographiques, p 115 | |||||||||
| On peut aussi aborder l'histoire autrement :
Dans le roman de Jensen, longuement étudié par Freud, un jeune archéologue Norbert Hanold tombe amoureux d'une statue de pierre. Il l'appelle, en raison de sa très jolie démarche, "La Gradiva", celle qui resplendit en marchant.
Une nuit il fait un cauchemar qui inaugure son délire. Il découvre que Gradiva est en fait une jeune pompéienne morte il y a deux mille ans. Elle a été ensevelie sous une pluie de cendres dans les ruines de sa ville au moment de l'éruption du Vésuve. Sous l'influence de ce rêve, il part aussitôt en voyage en Italie et se retrouve errant sans but dans les rues de Pompéi. Soudain Il rencontre, dans l'atrium d'une maison, une jeune fille. Il pense aussitôt que c'est une apparition, le spectre de cette Gradiva revenue hanter les lieux aux chaudes heures de midi, mais c'est, en fait, l'espiègle et charmante Zoé, son amie d'enfance qui est, elle aussi, venue visiter ces lieux. Celle-ci constate l'état mental désastreux du jeune homme et accepte de se déguiser en Gradiva pour réussir à le guérir de son délire et surtout réveiller à nouveau son amour pour elle. Elle réussit pleinement dans son entreprise. C'est une vraie psychanalyste de rêve.
Liliane FAINSILBER
extrait du site Le goût de la psychanalysetexte intitulé "Que reste-t-il de nos amours…" |
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| Dépeindre.
Ces problèmes de représentation, de tentatives de restitution d'images écartelées par le temps et le fantasme sont complexes et passionnants.
Finalement, je m'y intéresse demain (peut-être). |
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| liens : * texte de Sigmund Freud, Le délire et les rêves dans la Gradiva de W. Jensen |
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jeudi 21 décembre 2006
mercredi 20 décembre 2006
David ROSENFELD
| David Rosenfeld - Regards insaisissables dépeindre |
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La proche inconnue est l'idéale étrangère.
Ne te donne pas ! |
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David Rosenfeld
extrait du site de David Rosenfeld, entretien. |
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Le photographe David Rosenfeld réalise depuis plusieurs années des portraits d'un même modèle aux cheveux roux ; en quête de la part de non-vie dans ses yeux fermés ou mi-clos. Il poursuit une investigation poussée de la physionomie en captant l'essentiel d'un visage malgré l'évitement du regard. S'éloignant d'une photographie intimiste par le regard volontairement fuyant et évanescent de son modèle, il esquive les pièges des portraits narratifs, voire séduisants, par des cadrages policiers, vue de face, vue de profil. Ce sont toujours des clichés interrompus, jamais achevés, toujours la suspension du corps, du visage, de l'image même.*
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Il s'agit d'un travail exigeant, d'une grande sensibilité et d'un abord délicat puisque son œuvre n'opte jamais pour une forme définitive. «C’est important pour moi de ne pas " achever " car si on dit " je travaille sur ça ", on ferme le sens de l’œuvre. Du coup, il devient difficile d’être du côté de l’émotion, du sensible et de la projection imaginaire.» déclare-t-il au magazine en ligne le-RARE.
David Rosenfeld est un artiste né en 1960. Il enseigne à l’université et en école d’art et fut galeriste à Amiens de 1993 à 1999. Depuis 1997, il compose des séries en utilisant à chaque fois des modèles dans des poses étudiées et répétées jusqu’à obtenir l’image idoine. Il procède par séries d’une quinzaine de photographies chacune et chaque série occupe généralement une année. |
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* Site de David Rosenfeld * présentation du site cityvox illustration : ©David Rosenfeld, Les Antérieures, 2005-2006, extrait du magazine INFRAMINCE N°2, de novembre 2006, p 34 |
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| ACTUALITÉ : Du 25/11 au 22/12/2006 : Regards insaisissables à l’Espace Legendre (Compiègne). Du 16/09/2006 au 7/01/2007 : Les Modernes (quelques photos de la série) au Musée de Picardie (Amiens) dans le cadre de l’exposition D’étonnants détours. En 2007 : Les Antérieures, Les Contemporaines à l’Ecole Supérieure d’Art et de Design (Amiens). David Rosenfeld est représenté par la galerie Alain Gutharc, Paris. Commentaires |
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mardi 19 décembre 2006
Lart de la description en quelques plaisanteries racontées lentement à lusage des malades, des égarés, des mélancoliques, des mourants, des morts et des impotents délaissés.
lundi 18 décembre 2006
Giuseppe PENONE
| Giuseppe PENONE dépeindre |
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Giuseppe PENONE ne cherche pas le beau, il se met à son écoute. Son œuvre nous entraîne face à une nature omniprésente dévoilée jusque dans sa partie intime et invisible. |
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Elle nous amène à découvrir de manière sensorielle les rapports de l'homme avec la forêt, les arbres, les feuilles, le souffle, les empreintes ...de l'autre côté du réel et notre conscience se modifie face à ce regard du dedans.
En 1970, une action de l'artiste est emblématique de ce propos : Rovesciare i propri occhi. Sur une photographie, le visage de l'artiste porte des lentilles de contact opaques, leur surface externe formant deux petits miroirs. PENONE retourne l'extérieur, comme un gant ; son corps devient sculpture. Il confronte brutalement l'artiste et le spectateur. Leurs yeux pourraient se rencontrer directement sans passer par le tableau peint. Mais cette rencontre est rendue impossible par le fait que le spectateur se trouve face à sa propre représentation dans le miroir des lentilles. Celles-ci prennent un sens symbolique par rapport à l'histoire de l'art fondée, depuis le Quattrocento, sur la prééminence du regard : Léon Battista ALBERTI a d'ailleurs affirmé que «le tableau devait être une fenêtre ouverte sur le monde». Mais les lentilles symbolisent une certaine négation de ce regard. Rappelons la phrase de Caspar David FRIEDRICH : «Clos ton œil physique afin de voir d'abord ton tableau avec l'œil de l'esprit...» Cette œuvre indique que pour Giuseppe PENONE, la vue n'est pas le sens premier. Le toucher, l'odorat, l'ouïe et même le goût occupent, pour lui, une place égale dans l'exploration du monde sensible. Plusieurs de ses dessins représentent soit les yeux couverts de lentilles-miroirs au milieu d'une série d'arbres captée dans une des lentilles, soit le visage muni de lentilles absorbé dans la végétation qu'elles reflètent. La tête est parfois aussi «végétalisée» : croît-elle au milieu des arbres ou les arbres prennent-ils racines dans cette tête humaine ? (...)Il existerait une familiarité structurelle entre l'expérience du monde propre aux aveugles et celle du monde de l'artiste. (...) La contemplation d'œuvres artistiques nécessite un travail sur soi et l'émotion esthétique ne sera pleinement atteinte que si on échappe à la fascination du visible. La révélation profonde échappe au pur visuel, aux évidences strictement perceptives et logiques ; elle se fait par couches successives au fur et à mesure que tombent les résistances du sujet. C'est pourquoi cette révélation peut, parfois, être plus aisément accessible à un aveugle qui, à chaque instant, est confronté à une présence qui se dérobe.
Anne NANDRIN
extrait de la revue DITS, numéro 7, p 56-57 |
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| illustrations : ©Giuseppe PENONE, Rovesciare i propri occhi, Lentilles-contact miroir. 1970. Courtesy de l'artiste, extrait de la revue DITS, numéro 7, p 58 liens Giuseppe Penone : * exposition au Centre Georges Pompidou en 2004 * dossier Beaubourg sur Penone * images de l'expo à Pompidou; desordre.net * Sur Penone : exporevue * sur l'expo de Pompidou, artelio |
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dimanche 17 décembre 2006
Rémy ZAUGG
| Rémy Zaugg dépeindre |
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| CONSTITUTION D'UN TABLEAU : Esquisses perceptives du tableau La Maison du pendu peint par Cézanne en 1872-73. |
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| R | É | M | Y | Z | A | U | G | G | |
| clic | clic | clic | clic | clic | clic | clic | clic | clic | |
| La Maison du pendu, Cézanne
illustrations : Rémy.Zaugg extraites de la Revue de Littérature Générale, 95/1, P.O.L, 1995, p 343/351
Commentaires
Zaugg, je me souviens avoir accroché un de ses tableaux récents sur les murs d'un collectionneur, galvanisé et embouti comme un panneau de signalisation, peint de manière industrielle il avait ce carractère fruste des objets de l'industrie. En demi teinte la phrase énigmatique, presque illisible évocant Schakespeare: "quand fondra la neige, où ira le blanc". Séduction rèche, à la fois formelle et très cérébrale.
Je…vois cette série de Zaugg et ce traitement assez étonnant du matériau, toujours dans la même perspective du «je vois», «cécité», «regarde», «je suis aveugle», etc.
Rémy Zaugg est quelqu’un qui m’a toujours passionné. Mort récemment. Je me rappelle (entre autres) une de ses expositions, il y a quelques années à la galerie cent-8 à Paris (galerie tout en longueur où ses tableaux étaient accrochés les uns derrière les autres, comme une litanie) ; tableaux traitant justement du voir (ici, je, un tableau, je vois, etc.) Son travail est à la fois cérébral, effectivement, mais également d'une grande sensibilité.
Je n'avais pas compris qu'il fallait cliquer sur les lettres, maintenant tout s'éclaire et je trouve le texte fabuleux, quoique un peu illisible au début.
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Bonne continuation