| Carélie : une trouble affaire ni vrai ni faux |
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Miracles et Cie
Dans les années 1950, un agent de Chicago appelé Ted Serious fut expulsé du corps de police pour alcoolisme. Plongé dans le désespoir le plus profond, c’est alors qu’il se découvrit une faculté surprenante : il pouvait impressionner des plaques photographiques conventionnelles grâce à la puissance de son esprit. Au début, ses pensées n’apparaissaient qu’en noir et blanc et leur mise au point laissait à désirer ; mais au fur et à mesure de la focalisation de sa concentration, les résultats s’améliorèrent considérablement. Ce cas révolutionna les milieux scientifiques et plusieurs universitaires étudièrent ce phénomène. Stressé par les épreuves auxquelles le soumettaient psychiatres et neurologues, Ted Serious vit disparaître ses facultés. On l’oublia. |
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En réalité, l’E.K.* l’avait
engagé en exclusivité pour qu’il transmette ses pouvoirs aux résidents de Valhamönde. De sa technique, peu nous a été révélé : un diaphragme moyen et une obturation lente sont conseillés
; pour les pensées profondes, la mise au point se fait sur l’infini.
Joan FONTCUBERTA
Miracles et
Cie, Éditions ACTES SUD, 2005, p116
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| * E.K. : Esoteteerisen Karjalaisseura (société ésotétique de Carélie) | |||||||||
| photographie : -Le miracle de la psychographie, de la série Miracles et Cie, ©Joan Fontcuberta extrait de Miracles et Cie, Éditions ACTES SUD, 2005, p117 Commentaires
Je trouve votre article assez étonnant. En effet, l'homme dont vous parlez ressemble étrangement à celui dont je fais l'étude actuellement, soit Ted Serios. Ce dernier, cependant, n'était pas agent de police à Chicago. Il était portier dans un hôtel de Chicago. Il fut découvert, tout comme votre Ted Serious, dans les années 50. Néanmoins, ses photographies paranormales, également fort étudiées par la communauté scientifique, ne furent pas la source d'une révolution scientifique. Plusieurs scientifiques et magiciens réussirent en effet à imiter à la perfection les résultats obtenus par Ted Serios. Votre Ted Serious est, selon moi, une version romancée et fortement altérée du Ted Serios dont je vous parle. Qu'en pensez-vous?
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jeudi 11 janvier 2007
mercredi 10 janvier 2007
Jacques-Henri LARTIGUE
mardi 9 janvier 2007
Faux se souvenir
| Souvenirs de l'hospice ni vrai ni faux |
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Souvenirs de l’hospice
C’était en 1984, en Avignon, dans les bâtiments magnifiques de l’hospice Saint-Louis où flottaient encore des lointains échos des voix du quatrième âge, une triste douceur. Et c’est là que Louis Bec, grand chatouilleur de l’imaginaire, avait inventé et mis en place l’exposition dite Le vivant et l’artificiel. |
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Il y avait là des lamas vivants dans la cour et des ours empaillés dans les couloirs, des peintures abstraites et un dindon vivant dans la cuisine imaginée par Danièle Sanchez et Hervé Mangani. Car les pièces, les corridors avaient été distribués à des artistes ou à des collectionneurs. Ainsi voyait-on des tas de crânes en plâtre et des amoncellements artistiques, cailloux au sol, moisissures au mur. Je marchais parmi les femmes arborigènes d’Ernest Pignon-Ernest et les femmes en cire de la collection Spitzner (Oh là là, celle qui accouche et celle qui a des jumeaux dans son ventre ouvert comme un melon.) Du melon, on pouvait en acheter dans la cour, tranches fraîches et sucrées, en sortant de la salle des fausses nourritures importées du Japon. J’ai vu battre des coeurs artificiels dans des torses plats en Plexiglas et je sentais battre mon coeur comme si des pré-images ou des images d’autrefois émergeaient de ce désordre troublant.
Agnès VARDA
Faux se souvenir si c’est vrai
In TRAVERSES 47, Revue du Centre de Création industrielle- Centre Georges Pompidou, p 144-145, Novembre 1989 |
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| illustrations : - 7p., cuis., s. de b. à saisir. Yolande Moreau dans la cuisine de Mangani, op. cité, p 144- 7p., cuis., s. de b. à saisir. - Le repas de famille -toutes les nourritures sont fausses, p145 Commentaires
Je lis votre propos et me permets juste de nous interroger sur la modernité d'une période déjà révolue. Agnès Varda est dans ce trajet de la mémoire. En faisant resurgir de la mémoire ce qui a eu lieu on perçoit déjà la finitude du temps, aujourd'hui nous sommes passé à autre chose, quoi ?... un autre monde mu par des univers technologiques que nous ne soupçonnons pas encore.
Commentaire n°1 posté par Chantal V. le 09/01/2007 à 15h35
Vous avez absolument raison et cette période est révolue. C’est d'ailleurs daté : 1984. Regardez la belle jeunesse de Yolande Moreau sur la photographie ! ;-)
(Yolande Moreau est quelqu’un que j’aime beaucoup). Plus sérieusement, vous évoquez avec raison ces «univers technologiques», la mutation que cela entraîne et surtout l’ignorance que l’on a obligatoirement de ce qui est en train de se produire. J’avais commis un billet en mai 2005, au tout début de ce blog, en mettant en ligne un article (paru dans Le Monde) d’Yves Michaud, intitulé «L’art en mutation», article du plus grand intérêt, il me semble. Peu de gens avaient réagi. http://espace-holbein.blogspot.fr/2006/05/lart-en-mutation.html Cet article d’Yves Michaud pose beaucoup de questions intéressantes sur les pratiques et conceptions artistiques futures et contemporaines et ne peut pas nous laisser indifférents ; il évoque, par exemple, des artistes comme Eduardo Kac ou Stelarc qui produident des choses étonnantes qui font émerger de nouvelles esthétiques. Pour autant, les periodes révolues peuvent continuer à nous intéresser car bien souvent les nouveautés aident à mettre en perspective et revivifient ce qui paraissait être obsolète, ou d’une autre époque. |
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lundi 8 janvier 2007
Les peintres de la vie moderne
| collection |
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| Les pratiques d’accrochage qui consistent à tout accumuler appartiennent, à priori, à une autre époque. Qu’il s’agisse de montrer des collections ou de présenter des expositions d’artistes, nous avons vu ces modes d’accrochage évoluer, du cabinet de curiosités au cabinet d'amateur jusqu'aux grandes expositions du XIX ème siècle. | |||||||||
De l’accumulation, de l’empilement, de l’envahissement des murs, les présentations se sont progressivement ordonnées, clarifiées, les œuvres se sont clairsemées sur des murs devenus généralement blancs pour aboutir, dans les années 1970/80, à la consécration d'œuvres uniques, présentées dans un espace dédié. Certains conservateurs ou collectionneurs ont parfois isolé certaines oeuvres dans un espace réservé, préparé, une sorte d'écrin de pureté évitant ainsi toute promiscuité, tout contact, tout parasitage occasionné par la proximité d’autre chose. D'une sorte d'excès, on basculait dans un autre.
Les années récentes ont vu un mode d’accrochage plus classique gagner les lieux d’exposition. L’esthétique consistant à isoler les objets d’art est plus rare et, d’un autre côté, une certaine distance entre les oeuvres semble respectée pour une meilleure prise en compte de chacune d’elle. Actuellement, une exposition fait exception : Les peintres de la vie moderne, présentée au Centre Georges Pompidou. Contrairement à ce que laisse entendre son titre, ce n'est pas une exposition de peintures ; c’est la donation de la collection de photographies contemporaines faite par la Caisse des Dépots qui est exposée. Les productions présentées ici sont des oeuvres d’artistes français et étrangers et vont de 1980 à nos jours. Un peu moins de 700 photographies sont montrées. Et le pari a été de présenter au public la quasi totalité de cette collection exceptionnelle. |
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La richesse, non seulement qualitative mais quantitative, de ce fonds a contraint les commissaires d’exposition à penser un mode d’accrochage à la fois efficace mais également cohérent par rapport à la notion de collection. Et là, le parti-pris s’est révélé très étonnant pour notre époque et nos habitudes dans la manière de regarder les oeuvres. L’accumulation, dans la tradition des cabinets de curiosité et d’amateur a présidé aux choix, notamment dans certaines zones de l’exposition comme dans la cellule centrale, appelée “la réserve”. Ce choix est d’ailleurs nettement revendiqué : «Exposition dans l’exposition, cette salle évoque les cabinets de curiosité, ancêtres des salons de peinture. (…). Il s’agit ici d’affirmer que l’intérêt de la collection, par delà les thèmes, les forces que l’on pourra y relever, réside bien dans sa constitution même et dans son identité d’ensemble.»*
Les photographies présentées dans cette exposition sont d'une extrême variété et de tout premier ordre. Une fois passé le choc, le plaisir est grand de retrouver les épreuves connues, oubliées, celles qui nous ont tant fait rêver et de les considérer dans cette somme qui est le produit d'un acharnement, d'une détermination de collectionneur. Les peintres de la vie moderne est un titre qui fait évidemment référence au texte de Baudelaire sur l’éloge de la modernité. Il est amusant et vivifiant de constater que ce qui va contribuer à réactiver notre regard fait appel à un auteur du XIXe faisant référence à la modernité, évoque la peinture mais montre de la photographie contemporaine. |
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| * plaquette de présentation : Les peintres de la vie moderne, Centre Georges Pompidou, du 27 septembre 2006 au 12 mars 2007 . - photographies de l'auteur : en haut : la réserve 1. vue d'ensemble 2. McAdams 3. vue d'ensemble 4. Florence Paradeis 5. Koen Theys |
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| liens : -Florence Paradeis, Caisse des Dépôts - Caisse des Dépôts, présentation de l'exposition Commentaires
J'espère même qu'il y a une petite moquerie dans le titre de l'exposition. Baudelaire n'avait pas compris l'importance de la photographie ; pour lui "l’industrie photographique était le refuge de tous les peintres manqués, trop mal doués ou trop paresseux pour achever leurs études". Evidemment, il s'est planté, mais quoi, on peut pas être moderne dans tous les domaines !
on peut trouver le texte complet ici : http://baudelaire.litteratura.com/?rub=oeuvre&srub=cri&id=467 Brassaï lui en avait beaucoup voulu d'écrire ça (à Picasso, aussi, il en a voulu, de lui dire qu'il avait une mine d'or entre les doigts et qu'il se contentait d'exploiter une mine de sel) et il avait même écrit un texte en 1950 intitulé "Baudelaire avait tort"... ça donne bien envie d'aller voir l'expo, en tout cas, ton billet...
Commentaire n°1 posté par laurence le 08/01/2007 à 10h11
Intéressant Baudelaire, évidemment... Il n'est pas seul à s'être trompé : W.Benjamin avec la fameuse perte de l "aura" aussi. Mais ça ne retire bien sûr rien à la qualité de leurs textes.
Cette expo, il faut y retourner car, pour le coup, il y a beaucoup à voir. |
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