jeudi 11 janvier 2007

Joan FONTCUBERTA

    Carélie : une trouble affaire
ni vrai ni faux

Miracles et Cie

Dans les années 1950, un agent de Chicago appelé Ted Serious fut expulsé du corps de police pour alcoolisme. Plongé dans le désespoir le plus profond, c’est alors qu’il se découvrit une faculté surprenante : il pouvait impressionner des plaques photographiques conventionnelles grâce à la puissance de son esprit.

Au début, ses pensées n’apparaissaient qu’en noir et blanc et leur mise au point laissait à désirer ; mais au fur et à mesure de la focalisation de sa concentration, les résultats s’améliorèrent considérablement.
Ce cas révolutionna les milieux scientifiques et plusieurs universitaires étudièrent ce phénomène. Stressé par les épreuves auxquelles le soumettaient psychiatres et neurologues, Ted Serious vit disparaître ses facultés. On l’oublia.  
 En réalité, l’E.K.* l’avait engagé en exclusivité pour qu’il transmette ses pouvoirs aux résidents de Valhamönde. De sa technique, peu nous a été révélé : un diaphragme moyen et une obturation lente sont conseillés ; pour les pensées profondes, la mise au point se fait sur l’infini.

Joan FONTCUBERTA


Miracles et Cie, Éditions ACTES SUD, 2005, p116
                   
* E.K. : Esoteteerisen Karjalaisseura (société ésotétique de Carélie)
                   
photographie :

-Le miracle de la psychographie, de la série Miracles et Cie,
©Joan Fontcuberta
extrait de Miracles et Cie, Éditions ACTES SUD, 2005, p117


Commentaires

Je trouve votre article assez étonnant. En effet, l'homme dont vous parlez ressemble étrangement à celui dont je fais l'étude actuellement, soit Ted Serios. Ce dernier, cependant, n'était pas agent de police à Chicago. Il était portier dans un hôtel de Chicago. Il fut découvert, tout comme votre Ted Serious, dans les années 50. Néanmoins, ses photographies paranormales, également fort étudiées par la communauté scientifique, ne furent pas la source d'une révolution scientifique. Plusieurs scientifiques et magiciens réussirent en effet à imiter à la perfection les résultats obtenus par Ted Serios. Votre Ted Serious est, selon moi, une version romancée et fortement altérée du Ted Serios dont je vous parle. Qu'en pensez-vous?
Commentaire n°1 posté par Exhaustive le 02/11/2008 à 04h56     
                   

                 

mercredi 10 janvier 2007

Jacques-Henri LARTIGUE

Le fantôme et la mémoire du temps
ni vrai ni faux
  En 1904, Jacques-Henri Lartigue transcrit dans son Journal sa découverte : il peut, en se précipitant aller se placer devant l’appareil pour se prendre en photo et revenir en courant fermer le bouchon , mais il déplore le fait d’être toujours «à moitié transparent sur la photo».


L’année suivante il joue de sa découverte :
 
 «Aujourd’hui je me suis demandé si, en employant le même système, je ne pourrais pas faire des photographies de fantômes transparents, comme ceux des histoires racontées hier soir à table. Je dis donc à Zissou de s’envelopper d’un drap. Puis il vient se placer devant l’objectif. J’ouvre le bouchon. Je le referme. Zissou s’en va et je rouvre le bouchon, sans lui sur l’image.» Sur le banc, l’enfant non apeuré  ouvre grand les yeux et les bras pour accueillir le fantôme.  Le corps de Zissou est totalement invisible, on ne voit que le drap. A travers lui se dessinent le visage du petit garçon, son genou, la plante et les marches que le drap laisse transparaître tout en les épousant dans le bas de l’escalier. Lartigue a réalisé son souhait d’«avoir une belle photo de fantôme».

Ferrante Ferranti


Lire la photographie, Éditions Bréal, 2003
p 115
photographie :

-Zissou en fantôme, villa «Les Marronniers», Châtelguyon, 1905,
©Jacques-Henri Lartigue (1894-1986), extrait de Lire la photographie, Éditions Bréal, 2003, p115      

mardi 9 janvier 2007

Faux se souvenir

Souvenirs de l'hospice
ni vrai ni faux
Souvenirs de l’hospice
C’était en 1984, en Avignon, dans les bâtiments magnifiques de l’hospice Saint-Louis où flottaient encore des lointains échos des voix du quatrième âge, une triste douceur. Et c’est là que Louis Bec, grand chatouilleur de l’imaginaire, avait inventé et mis en place l’exposition dite Le vivant et l’artificiel.
  Il y avait là des lamas vivants dans la cour et des ours empaillés dans les couloirs, des peintures abstraites et un dindon vivant dans la cuisine imaginée par Danièle Sanchez et Hervé Mangani. Car les pièces, les corridors avaient été distribués à des artistes ou à des collectionneurs. Ainsi voyait-on des tas de crânes en plâtre et des amoncellements artistiques, cailloux au sol, moisissures au mur. Je marchais parmi les femmes arborigènes d’Ernest Pignon-Ernest et les femmes en cire de la collection Spitzner (Oh là là, celle qui accouche et celle qui a des jumeaux dans son ventre ouvert comme un melon.) Du melon, on pouvait en acheter dans la cour, tranches fraîches et sucrées, en sortant de la salle des fausses nourritures importées du Japon. J’ai vu battre des coeurs artificiels dans des torses plats en Plexiglas et je sentais battre mon coeur comme si des pré-images ou des images d’autrefois émergeaient de ce désordre troublant.

Agnès VARDA

 Faux se souvenir si c’est vrai
In TRAVERSES 47,  Revue du Centre de Création industrielle-
Centre Georges Pompidou, p 144-145,  Novembre 1989
illustrations :
- 7p., cuis., s. de b. à saisir. Yolande Moreau dans la cuisine de Mangani, op. cité, p 144
- 7p., cuis., s. de b. à saisir. - Le repas de famille -toutes les nourritures sont fausses, p145




Commentaires

Je lis votre propos et me permets juste de nous interroger sur la modernité d'une période déjà révolue. Agnès Varda est dans ce trajet de la mémoire. En faisant resurgir de la mémoire ce qui a eu lieu on perçoit déjà la finitude du temps, aujourd'hui nous sommes passé à autre chose, quoi ?...  un autre monde mu par des univers technologiques que nous ne soupçonnons pas encore.
Commentaire n°1 posté par Chantal V. le 09/01/2007 à 15h35
Vous avez absolument raison et cette période est révolue. C’est d'ailleurs daté : 1984.  Regardez la belle jeunesse de Yolande Moreau sur la photographie !     ;-)
(Yolande Moreau est quelqu’un que j’aime beaucoup).

Plus sérieusement, vous évoquez avec raison ces «univers technologiques», la mutation que cela entraîne et surtout l’ignorance que l’on a obligatoirement de ce qui est en train de se produire. J’avais commis un billet en mai 2005, au tout début de ce blog, en mettant en ligne un article (paru dans Le Monde) d’Yves Michaud, intitulé «L’art en mutation», article  du plus grand intérêt, il me semble. Peu de gens avaient réagi.

http://espace-holbein.blogspot.fr/2006/05/lart-en-mutation.html

Cet article d’Yves Michaud pose beaucoup de questions intéressantes  sur les pratiques et conceptions artistiques futures et contemporaines et ne peut pas nous laisser indifférents ; il évoque, par exemple, des artistes comme Eduardo Kac ou Stelarc qui produident des choses étonnantes qui font émerger de  nouvelles esthétiques.
Pour autant, les periodes révolues peuvent continuer à nous intéresser car bien souvent les nouveautés aident à mettre en perspective et revivifient ce qui paraissait être obsolète, ou d’une autre époque.
Commentaire n°2 posté par holb le 10/01/2007 à 07h08         

lundi 8 janvier 2007

Les peintres de la vie moderne

collection
  Les pratiques d’accrochage qui consistent à tout accumuler appartiennent, à priori, à une autre époque. Qu’il s’agisse de montrer des collections ou de présenter des expositions d’artistes, nous avons vu ces modes d’accrochage évoluer, du cabinet de curiosités au cabinet d'amateur jusqu'aux grandes expositions du XIX ème siècle.

 De l’accumulation, de l’empilement, de l’envahissement des murs, les présentations se sont progressivement ordonnées, clarifiées, les œuvres se sont clairsemées sur des murs devenus généralement blancs  pour aboutir, dans les années 1970/80, à la consécration d'œuvres uniques, présentées dans un espace dédié. Certains conservateurs ou collectionneurs ont parfois isolé certaines oeuvres dans  un espace réservé, préparé,  une sorte d'écrin de pureté évitant ainsi toute promiscuité, tout contact, tout parasitage occasionné par la proximité d’autre chose. D'une sorte d'excès, on basculait dans un autre.
Les années récentes ont vu un mode d’accrochage plus classique gagner les lieux d’exposition. L’esthétique consistant à isoler les objets d’art est plus rare et, d’un autre côté, une certaine distance entre les oeuvres semble respectée pour une meilleure prise en compte de chacune d’elle.

   Actuellement,  une exposition fait exception : Les peintres de la vie moderne, présentée au Centre Georges Pompidou. Contrairement à ce que laisse entendre son titre, ce n'est pas une exposition de peintures ; c’est la donation de la collection de photographies contemporaines faite par la Caisse des Dépots qui est exposée. Les productions présentées ici sont des oeuvres d’artistes français et étrangers et  vont de 1980 à nos jours. Un peu moins de 700 photographies sont montrées. Et le pari a été de présenter au public la quasi totalité de cette collection exceptionnelle.

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  La richesse, non seulement qualitative mais quantitative, de ce fonds a contraint les commissaires d’exposition à penser un mode d’accrochage à la fois efficace mais également cohérent par rapport à la notion de collection. Et là, le parti-pris s’est révélé très étonnant pour notre époque et nos habitudes dans la manière de regarder les oeuvres. L’accumulation, dans la tradition des cabinets de curiosité et d’amateur a présidé aux choix, notamment dans certaines zones de l’exposition comme dans la cellule centrale, appelée “la réserve”. Ce choix est d’ailleurs nettement revendiqué : «Exposition dans l’exposition, cette salle évoque les cabinets de curiosité, ancêtres des salons de peinture. (…). Il s’agit ici d’affirmer que l’intérêt de la collection, par delà les thèmes, les forces que l’on pourra y relever, réside bien dans sa constitution même et dans son identité d’ensemble.»*

 Les photographies présentées dans cette exposition sont d'une extrême variété et de tout premier ordre. Une fois passé le choc, le plaisir est grand de retrouver les épreuves connues, oubliées, celles qui nous ont tant fait rêver et de les considérer dans cette somme qui est le produit d'un acharnement, d'une détermination de collectionneur.

Les peintres de la vie moderne est un titre qui fait évidemment référence au texte de Baudelaire sur l’éloge de la modernité.
Il est amusant et vivifiant de constater que ce qui va contribuer à réactiver notre regard fait appel à un auteur du XIXe faisant référence à la modernité, évoque la peinture mais montre de la photographie contemporaine.
* plaquette de présentation : Les peintres de la vie moderne,
  Centre Georges Pompidou, du
27 septembre 2006 au 12 mars 2007 .
- photographies de l'auteur :
en haut : la réserve
1. vue d'ensemble
2. McAdams
3. vue d'ensemble
4. Florence Paradeis
5. Koen Theys
liens :

-Florence Paradeis, Caisse des Dépôts
-
Caisse des Dépôts, présentation de l'exposition


Commentaires

J'espère même qu'il y a une petite moquerie dans le titre de l'exposition. Baudelaire n'avait pas compris l'importance de la photographie ; pour lui  "l’industrie photographique était le refuge de tous les peintres manqués, trop mal doués ou trop paresseux pour achever leurs études". Evidemment, il s'est planté, mais quoi, on peut pas être moderne dans tous les domaines !
on peut trouver le texte complet ici :
http://baudelaire.litteratura.com/?rub=oeuvre&srub=cri&id=467
Brassaï lui en avait beaucoup voulu d'écrire ça (à Picasso, aussi, il en a voulu, de lui dire qu'il avait une mine d'or entre les doigts et qu'il se contentait d'exploiter une mine de sel) et il avait même écrit un texte en 1950 intitulé "Baudelaire avait tort"...
ça donne bien envie d'aller voir l'expo, en tout cas, ton billet...
Commentaire n°1 posté par laurence le 08/01/2007 à 10h11
Intéressant Baudelaire, évidemment... Il n'est pas seul à s'être trompé : W.Benjamin avec la fameuse perte de l "aura" aussi. Mais ça ne retire bien sûr rien à la qualité de leurs textes.
Cette expo, il faut y retourner car, pour le coup, il y a beaucoup à voir.
Commentaire n°2 posté par holbein le 09/01/2007 à 15h09

lundi 1 janvier 2007

Bonne année 2007

Des vœux pour l'année 2007



Des vœux . Les meilleurs. Voir de belles choses. Les aimer. Essayer de les comprendre. Et préserver, malgré tout, cette part d'énigme.

Distinguer, aussi.






Merci à toutes celles et ceux, toujours plus nombreux et réguliers, qui ont la gentillesse de me lire.

Je souhaite à tous une belle année.



Commentaires

Bonne année !
Commentaire n°1 posté par Debyloo le 04/01/2007 à 20h35
premier commentaire avalé ! je retente :
"Pomme année sans pépin, m'sieur holbein"
Commentaire n°2 posté par laurence le 02/01/2007 à 13h18
bonne année


Commentaire n°3 posté par cloarec le 27/01/2007 à 21h48